Billet d'un Hartung déchirant
- Corinne Tong-Chaï
- 11 nov. 2019
- 2 min de lecture

Hartung. Hans Hartung, autrement dit HH, des initiales doubles, une signature unique. Quand j’arrive au Musée d’art moderne, là même où le chinois Zao Wou Ki, un de ses amis, fut exposé l’an dernier, je me régale de l’absence de foule et me désole de ce manque d’engouement pour un artiste qui a chamboulé le XXème siècle artistique. Un maître de l’abstraction, ce mouvement qui perturbe certains esprits cartésiens. Qu’importe, seuls les curieux ont mon attention. Nous ne sommes pas nombreux, mais nous sommes attentifs. Cet artiste est d’abord hors norme avant d’être un survivant. Dès sa jeunesse, il affectionne la mise au carreau. Cette technique d’une minutie impressionnante et d’une patience digne d’un amateur de puzzle aux 10 000 pièces, est un trésor pour agrandir un petit dessin....grâce au quadrillage! Simple et efficace. Engagé dans la légion étrangère pendant la guerre, la seconde, il peint peu et perd sa jambe droite. Cette contrainte physique l’oblige à modifier sa façon de créer. Ses dessins grands comme la main lui servent d’expérimentation. Avec de l’encre, il dessine et produit beaucoup. Il sélectionne, reporte grâce à une grille, et reproduit en Gand format. La patte Hartung, ce sont ces peintures « palmées », emblématiques de l’œuvre du peintre comme sa marque de fabrique. J’avoue que la fluidité du geste, cette légèreté et sa douceur m’impressionnent. Et cette technique du quadrillage me subjugue. Je découvre qu’Hartung a essayé beaucoup de techniques différentes. Comme la peinture vinyliques sur toile. Étonnante texture. Ou la technique du grattage avec tout un tas d’outils tranchants, lacérants, métalliques. Intéressante expérimentation. Plus tard il se noie dans la couleur des années 70. Pop et psychédélique. Il se fond dans la culture de cette décennie avec là encore des inventions incroyables. Le balai de branches de genêt avec lequel il frappe la toile de peinture (fallait y penser!!), la serpette, la tyrolienne, le pulvérisateur, rien ne l’arrête. Il frappe, projette, gratte, brosse, rien ne lui résiste. Il a une boîte à idées à la place du cerveau. Un géo-trouve tout de l’art moderne. Il mouline ses neurones et augmente sa production. Malgré son accident cardio-vasculaire qui le diminue physiquement davantage encore, il continue. Comme une envie de vivre encore plus fort, il agrandit ses toiles. Alors à la sortie de cette exposition, je me suis surprise à être encore impressionnée par la volonté de cet artiste. Comme je le suis de la recherche constante et toujours d’actualité de David Hockney. Ces artistes ne lâchent jamais rien, ils sont en permanence en activité, se jouant des contraintes, en phase avec l’époque qu’ils traversent tout en restant fidèle à leur art. Absolument fascinant. Respect total pour ces esprits éclairés nés bien après le siècle des lumières mais sans aucun doute des descendants lumineux.
Hans Hartung ''la fabrique du geste''
Du 11 octobre 2019 au 1er mars 2020
Musée d'Art Moderne de Paris
11 avenue du Président Wilson 75016 Paris
Du mardi au dimanche 10h-18h
Nocturne le jeudi 22h
Métro : Alma Marceau ou Iéna (ligne 9)



Huile sur toile 1955

Huile sur toile 1956

Huile sur toile 1955

Huile sur toile 1955


Peinture Vinylique sur toile 1963

Peinture vinylique sur toile 1962

Gros plan : Peinture vinylique sur toile 1964





























Commentaires