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Billet d'une Twombly Passion

  • Photo du rédacteur: Corinne Tong-Chaï
    Corinne Tong-Chaï
  • 12 déc. 2016
  • 3 min de lecture

Une découverte. Un nom original. Un artiste peu commun. Une oeuvre magistrale, reconnue depuis une vingtaine d'années. L'affiche Cy Twombly sur le fronton du Centre Pompidou, ça ne me dit pourtant rien. Alors allons voir. Curieuse toujours et encore.

Dans la première salle, face à moi, une immense toile de gribouillages. Du crayon de couleur, du crayon à la cire, de la mine de plomb, peu de couleurs, pas de matière ou très peu, des gribouillis en tout genre, quelques écritures sur une toile blanche. J'avoue mon désarroi. Je me penche sur la composition. Je m'interroge sur la finalité. Je ne ressens rien. Une main nerveuse sans doute émotive a dessiné avec rage des lignes, des traits, des courbes, le tout dans un fouillis digne d'une chambre d'enfant de 4 ans. Tout autour, d'autres toiles, plus colorées, mélanges de peinture industrielle, fluide et visqueuse, avec d'autres matières. Des aplats, des tâches, des éclaboussures comme étalées à la main. Etonnant d'énergie. ça danse dans tous les sens, on ne sait comment le prendre mais on se le prend en pleine face.

Décontenancée je me tourne, me détourne, puis contourne le mur pour m'offrir de la couleur. Là, 8 puis 9 toiles exaltent la violence, ou est-ce le sens du sanguinaire, ou peut-être la passion outrancière, ou je ne sais quoi mais ça me touche en plein coeur. Explosion de rouge, de rose, de jaune, d'orange et de blanc. Le tout sur un fond gris métallique. Le contraste ne peut laisser indifférent. C'est étalé, souillé, frotté, accumulé, gratté, mais ça stimule le regard. Electrisée par ses toiles ''Nine Discourses on Commodus''. Peintes peu après l'assassinat de Kennedy en 1963, j'imagine toutes sortes d'interprétation. Sauf celle de Commode, le sanguinaire empereur romain et de ses actions. Cy Twombly était un redoutable historien, un peintre très littéraire. Il a lu Mallarmé, Homère, Virgile, Saint John Perse ou encore Rilke. Exposés à New York en 1964, ces neuf toiles furent incomprises par la critique. En totale rupture avec le minimalisme régnant. L'expressionnisme abstrait n'a pas encore ses entrées aux Etats Unis. Moi ces toiles me fascinent. Cet amas de matières, ces couleurs criardes, cette frénésie, cette spirale de violence artistique m'attire. Comme si elles résonnaient en moi. Etrangement étourdissant.

Au détour des salles, des photos, des sculptures blanches, cet artiste ne se limite pas à la peinture. Ni à l'écriture. De façon chronologique, l'exposition m'entraine dans son univers de plus en plus poétique et sensuel.

Quelques toiles noires, avec quelques écritures, des graphes comme des réminiscences de ses débuts. Puis de nouveau de la couleurs. Quoi de mieux que le thème des quatre saisons pour vous emmener dans ses trainées de couleurs, ses écrits illisibles, ses lumières particulières et tous les mystères de la vie. Là encore, je pars avec lui, à chaque saison. La chaleur lumineuse de l'été, le printemps rafraichissant, le vent fébrile de l'automne et l'hiver glacialement soucieux. Cet homme est un animal artistique. Tellement riche de sensation. De poésie. De désirs. De Liberté.

Il a l'art de rendre accessible ce qui pourrait paraitre élitiste. L'Histoire, les mythes antiques, la Poésie. Et pourtant, le spectateur imagine mille histoires sur ces toiles. Nul besoin d'être cultivé, érudit, ou intellectuel de haut vol pour s'envoler dans son monde. Celui que nous, nous nous inventons à travers son trait de crayon, son coup de pinceau, ses écritures indéchiffrables et ses cafouillis. Ce geste qui ne cherche pas à être parfait, ce geste qui trouve la spontanéité qui nous manque parfois.

Que dire de cette énergie émergeant des pivoines rouges, dégoulinantes sur la toile blanche. Elles sont généreuses et éclatantes. Stimulantes. Poétiques aussi. En fond de ces toiles, se cachent parfois des écrits de Basho, poète japonais, qui explique comment cette fleur a fait rendre les armes à un guerrier. ''Ces pivoines pour lesquelles Kusinoshi retire son armure''. Le pouvoir des fleurs n'est donc pas qu'une chanson. Cy Twombly c'est un peu Fantasia. Du grand art accessible à tous, une nouvelle façon d'aborder l'Art avec un chef d'orchestre qui a sa propre baguette d'artiste. Magique.

Exposition Cy Twombly

Centre Pompidou jusqu'au 24 avril 2017

Tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h, nocturnes le jeudi jusqu'à 23heures

Métro Rambuteau ou Hotel de ville

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