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Billet d'une Rétro Berthe Morisot à Orsay

  • Photo du rédacteur: Corinne Tong-Chaï
    Corinne Tong-Chaï
  • 4 juil. 2019
  • 3 min de lecture

Si vous pensez tout connaître sur l’impressionnisme et ses Maîtres, de Monet à Manet, de Degas à Renoir, allez faire un tour au majestueux musée d’Orsay. Vous y découvrez une artiste incontournable du mouvement même si sa notoriété n’a jamais atteint celle de ses homologues masculins. La seule et unique raison pour laquelle Berthe Morisot ne s’est pas hissée à la même place que les plus célèbres artistes impressionnistes, est son genre : une femme. Car à cette époque, deuxième moitié du XIX eme siècle, la femme est d’abord une épouse, puis une mère.''Je n'obtiendrai mon indépendance qu'à force de persévérance et en manifestant très ouvertement l'intention de m'émanciper'' Voilà qui en dit long sur sa force de caractère, une force que l'on retrouve dans toute son oeuvre. Berthe Morisot est une artiste majeure dans le mouvement, et la seule femme. Majeure d'abord car son indépendance est une part essentielle de sa vie. Majeure ensuite chez les impressionnistes car, on le sait peu mais cette artiste a participé à toutes les expositions du groupe, à l’exception d’une seule. Et ne croyez pas qu’elle ait eu des passe-droits parce que son mari s’appelait Manet. Pas Edouard mais Eugène. Le frère. Elle a fait ses preuves toute seule. On pourrait s’intéresser, comme l’explique et le montre très bien cette richissime rétrospective de 75 œuvres, aux thèmes chers à Morisot : la mode, la toilette, les portraits et les scènes d’intérieur. Je préfère m’attarder sur la modernité et la recherche d’un regard neuf. Elle change les cadrages académiques pour ouvrir sur une fenêtre aux rideaux transparents, sur des balcons et des vérandas d’hiver, elle ose aussi plus tard les gros plans. Cette avant-gardiste modifie les repères. Elle capte l'ère du temps, elle s'affirme. Elle s’approprie à merveille le quotidien, avec les nourrices et les femmes de chambres. Elle les sublime dans leur travail journalier. Sa touche se transforme. Elle s’écarte de celle des impressionnistes pour fixer la sienne. Elle ose le fini-non fini. Notion particulièrement intéressante. Les coins de la toile, les pourtours mêmes sont laissés nus. Les coups de pinceaux sont juste esquissés. Elle suggère davantage qu'elle ne dépeint. Une merveille de spontanéité. Comme pour donner une impression, celle qu’elle y reviendra...mais elle n’y revient pas. Un mystère, un flou, une peinture vivante. Un ''Work in progress'' qui pousse l'oeuvre en devenir à être l'oeuvre achevée. Comme une mise en place....définitive. Un journaliste l’a surnommé « l’ange de l’inachevé «. Mais à l’époque, cette technique que, d’autres utilisent également, n’est pas vraiment bien vue par la critique. Et LA critique à l’époque est féroce. Surtout envers les femmes. Pour cette critique, essentiellement masculine est-ce nécessaire de le préciser, cette absence de finition est un signe de timidité et d’une indécision toute féminine. Pour Morisot, au contraire, c’est toute la détermination d’une artiste qui s’impose. C’est elle, et elle seule qui décide quand une œuvre est terminée ou non. Voilà une femme de caractère qui avait néanmoins parfaitement saisi la complexité d'être une peintre professionnelle dans les année 1880. « Je ne crois pas qu’il n’y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égal à égal, et c’est tout ce que j’aurai demandé, car je sais que je les vaux ». Morisot et sa carrière rappellent celle de Mary Cassatt, la plus française des américaines, avec laquelle Morisot noua une amitié. Morisot, qui signa toute sa vie de ce nom et non pas de son nom d’épouse, Manet, a tous les talents, réunit tous les styles mais n'en conserve qu'un : le sien. Il y a du Corot, du Manet, du Degas, du Renoir, du Bonnard mais il y’a surtout chez Berthe Morisot cette touche et ce regard qui n’appartiennent qu’à elle. De nombreuses toiles de cette exposition sont inédites en France. La faute à la frilosité des collectionneurs tricolores qui n'ont pas cru en elle alors que les musées et collectionneurs américains ont reconnu très tôt son travail. "De l'audace, toujours de l'audace , encore de l'audace", voilà bien ce qui leur a cruellement manqué mais qui sied si bien à celle qui ne s'en est jamais départie.

Berthe Morisot Du 18 juin au 22 septembre 2019

Musée D'Orsay 1 rue de la légion d'honneur 75007 Paris Métro Assemblée Nationale ou Solférino (Ligne 12) ou RER Gare d'Orsay ( RER C)

Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h

Nocturne le jeudi 21h45 Fermé le lundi

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