Billet d'une lumière nommée Turner
- Corinne Tong-Chaï
- 1 juin 2020
- 3 min de lecture

Une lumière. La première depuis bien longtemps. Celle d’un musée ouvert et d’un maître. Le peintre de la lumière, l’incontournable, une maestria tant à l’huile qu’en aquarelle. L’élégant musée Jacquemart André rend hommage au romantique peintre anglais, JMW Turner, Joseph Mallord William Turner. Et comme à chaque fois dans ce petit musée parisien, c’est une vraie réussite. Et cet homme est quand même un cas exceptionnel. Il commence comme dessinateur chez plusieurs architectes développant ainsi son talent pour le dessin déjà fort prononcé. Il n’a que 14 ans, quand il devient élève à la prestigieuse Royal Academy de Londres, devenue la Tate Britain.18 ans plus tard, il y sera intronisé professeur de perspective. Et quelques années avant son décès, il devient Président de la Royal. Ça claque non comme parcours? Pour l’inspiration, il prend l’habitude de voyager avec un carnet de croquis. Ce que ma propre professeur de dessin m’a toujours conseillée pour progresser. Force est de constater que Turner a puisé bons nombres de sujets dans tous ces voyages de jeunesse, de l’Angleterre, au pays de Galles, en passant pas l’Ecosse. A l’époque, pas question de passer la Manche, guerre avec la France oblige. Il y viendra plus tard en France, et s’imprègnera des bords de Seine, des bords de Loire. De ses minuscules aquarelles, on retient déjà la lumière. Et la précision. Des aplats de couleurs, qui lui servent pour ses huiles. Seulement une dizaine de toiles à l’huile et une soixantaine d’aquarelles dans l’exposition parisienne. Pas les plus connues de ses œuvres mais quel éclat dans celles présentées. Car Turner, n’est pas seulement l’artiste de « L’incendie de la chambre des lords et des communes » ou de « Pluie valeur et vitesse ». Dans chaque œuvres, on sent la lumière, on la devine quand elle n’est pas éclatante, même tamisée elle est là. Omniprésente. Il a le don de transformer les couleurs en lumière. Un avant gardiste des impressionnistes. Il a d’ailleurs révolutionné le classicisme ambiant. Alors que ces compères peignent sur des toiles sombres,lui choisit des toiles blanches, et la lumière irradie immédiatement le spectateur . A l’époque, ça crée un tollé chez les critiques. Mais Turner s’en moque. Il a bien raison. Il est devenu au fil du temps, la plus grande référence de l’aquarelle anglaise. Je le décrivais comme un cas. Même à son décès il a étonné. En léguant à la nation britannique l’œuvre immense laissée dans sa maison et son atelier. Ces travaux habitent la Tate Galery de Londres, l’un des plus grands musées londoniens. Et c’est cela que propose le musée Jacquemart André. Un régal des yeux. Et règles sanitaires oblige, il faut réserver. Bonne nouvelle, une expo sans la foule qui va de paire. Parfaite occasion pour admirer de près sans se bousculer les détails de toutes les petites aquarelles plus intimes les unes que les autres. Car c’est bien là l’intérêt de cette exposition. Découvrir Turner autrement que par ses commandes et ses toiles peintes pour le public. Tout ce qui est à voir n’est que le plaisir que Turner prend à peindre de façon privée. Des feuilles appelées « Ébauches colorées ». On découvre même un cabinet à pigments, qui révèle combien Turner affectionnent les couleurs éclatantes. Turner c’est l’empêcheur de tourner en rond. Le paysage n’est pas à la mode, il s’y engouffre. La toile sombre est légion, il prend le parti de peindre sur du blanc. Le classicisme est la norme, il devient précurseur de l’abstrait à sa façon. Un plaisir immense m’envahit devant une œuvre de Turner. Ses tableaux qui auraient pu être académiques sont en fait un tourbillon de lumière et de mouvements. Ils m’emmènent à chaque fois loin du sujet initial. Méticuleux dans les détails, il laisse parler ses coups de pinceaux pour insuffler de la modernité. Et moi je me laisse emporter loin, très loin avec une envie de voyage toujours plus forte. Turner c’est le peintre qui m’emmène dans des pays imaginaires tout en sachant que je regarde Venise ou Londres. C’est un vrai voyage sans bagages. Et la lumière est toujours dans mes bagages.
« Turner, peintures et aquarelles, collections de la Tate » Jusqu’au 20 juillet
Musée Jacquemart André 158 boulevard Haussmann 75008 Paris
Métro Miromesnil (ligne 13 et 9)
Ouvert 7/7 de 10h à 18h, nocturne le lundi jusqu’à 20h30 Uniquement sur réservation internet www.musee-jacquemart-andre.com
Ci dessus en haut de page : Venise, vue imaginaire de l'Arsenal 1840

Une Villa. Clair de Lune 1826-1827

Venise San Giorgio Maggiore tôt le matin 1819

Yacht approchant de la côte 1840-1845

Un critique à propos de Turner 1819






























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