Billet from le salon du dessin
- Corinne Tong-Chaï
- 28 mars 2019
- 3 min de lecture

Voici revenir le printemps du dessin. Il prend ses quartiers d’été au Palais Brogniart pour quelques jours. Un écrin de luxe pour des dessins hors pairs présentés par des galeries internationales triées sur le volet. Américaines, espagnoles, britanniques, allemandes, elles représentent la crème de la crème de l’art du tracé. De prime abord, je me dis que je suis dans le berceau du classicisme du dessin. De Chavannes, Ingres, Schiele, Degas, Picasso, des Maîtres en la matière qui se regardent avec les yeux de Chimène. A la recherche de perles originales, je laisse vagabonder mon regard sans chercher l'artiste. Mes yeux se posent sur de petites merveilles, et la découverte du nom de l'artiste m’arrache une surprise. Un portrait de Kees van Dongen, le peintre fauve néerlandais, attire ma curiosité. Une huile sur carton peu commune. Une chevelure blanche, une petite pipe brune, de petites lunettes noires et une grande barbe digne de celle du Père Noel donnent une force inouïe à ce portrait. En scrutant, l'étiquette, je lis Sacha Guitry. Un auteur qui manie aussi bien le stylo que le pinceau. Et ce n'est pas le seul. Un peu plus loin, c'est encore une plume qui s'envole. Un peu d'encre brune, des rehauts de gouache blanche, et c'est tout le papier qui prend la mesure de Victor Hugo. A Guernesey, le romancier signe ce papier de cette écriture assurée. Un minuscule 18x24 qui coûte une somme loin d'être anecdotique : 285 000€. L'aquarelle c'est le style d'expression choisi par un poète dont les calligrammes sont passés à la postérité. Tout naturellement, posés, se côtoient un cendrier, un paquet de tabac, une boite d'allumettes et un encrier. Signé élégamment de Guillaume Apollinaire. Un trio d'auteurs, au style radicalement différent, mais qui a osé mettre sa plume au service d'autres chose que la seule écriture. De réels talents picturaux souvent méconnus. Niveau étonnement, je ne suis pas au bout de mes surprises. Réfractaire depuis toujours au talent de Cézanne, je tombe par hasard sur une aquarelle qui illumine mon visage. Léger, jeté, frais, ce petit crayon sur papier m’oblige à réviser mon jugement. Placé non loin d'un pastel à la taille impressionnante, il dénote mais aiguise mon attention. Ce pastel n'est pas en manque de singularité pour autant. Signée Vuillard, cette femme à la voilette laisse nombre de curieux sans voix. Le musée Carnavalet est un des invités de marque de ce salon du dessin. Classiques, traditionnels, les dessins n'en sont pas moins époustouflant à l'image de la salle du théâtre du Palais Royal, un chef d'oeuvre de précision, réalisé par Paul Deville. Précision que l'on retrouve à quelques pas de là, avec la maison Chaumet. Chaumet, ça vous entraîne sur les chemins de la haute joaillerie. Avant de pendre à nos oreilles, d'entourer nos poignets ou de sublimer nos décolletés, les bijoux sont des dessins. Des dessins d'orfèvre et le mot n'est pas galvaudé. Parmi sa collection de 66 000 dessins, le bijoutier parisien en expose quelques dizaines. Tous à la gloire de la dame nature. Epoustouflant de réalisme, de détails et de richesse. Les courbes, les muscles, les rondeurs, le dessin les sublime. Parfois il est intéressant de repartir à la base de notre corps. De notre cerveau même. Rien de tel qu'un crâne pour remettre les idées en place. Pour lire dans notre âme comme dans un livre ouvert, associez y le thème captivant des 7 péchés capitaux. Le travail de Santilari est à ce titre extrêmement savoureux. Des miettes pour la gourmandise qu'un crâne reluque avec envie. Des pièces de monnaies jetées près d'un crâne envieux. Faites quelques pas, tombez sur une dédicace de Picasso avec sa célèbre Colombe de la Paix. Demandez le prix en toute innocence. Entendez 280 000€. Pour qu'une bonne fois pour toute, ça entre dans votre crâne : le dessin c'est davantage qu'un bon coup de crayon.
Salon du dessin de Paris
Du mercredi 27 mars au lundi 1er avril Palais Brogniart, place de la Bourse 75002
Ouvert de 12h à 20h Week end ouverture de 11h à 20h

Maison Chaumet

Maison Chaumet

Guillaume Apollinaire

Paul Cézanne

Van Dongen vu par Sacha Guitry

Victor Hugo à l'encre

La salle du théâtre du Palais Royal

L'avarice

La gourmandise

Vuillard





























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