Billet de talent familial.
- Corinne TONG-CHAI
- 28 nov. 2018
- 3 min de lecture

Le talent artistique est-il héréditaire, voire fraternel? Certaines généalogies pourraient nous le laisser croire. C'est en me souvenant d'une exposition au musée Jacquemart-André il y a quelques années sur l'intimité des frères Caillebotte, que mes pas me poussaient à découvrir la filiation artistique de Pierre-Auguste Renoir et Jean Renoir, au musée d'Orsay.
Gustave Caillebotte, peintre du célèbre ''Raboteurs de parquet'', est sans aucun doute entré à la postérité contrairement à son jeune frère Martial, pianiste et photographe amateur. Chez les Renoir, Pierre-Auguste, le père, peintre, est tout aussi célèbre que Jean, le fils cinéaste. Un point commun entre les deux familles, la complicité.
Alors qu'au XIXème siècle la photographie fait son apparition, on pourrait penser que Martial et son nouveau support inspirent le pinceau de son frère. Erreur. Ce sont bien les cadrages et les thèmes du frère aîné Gustave, qui sont à l'origine des clichés de Martial. Photos et peintures nous décrivent merveilleusement bien le Paris de cette fin de siècle, ce Paris Haussmannien, cette douceur de vivre au bord de la Seine, ces innovations industrielles. Là où Gustave avait posé son oeil, son frère le suivit quelques années plus tard. La photographie et la peinture ne faisaient pas bon ménage à cette époque, les peintres se défendaient même farouchement de prendre la photo comme source d'inspiration. Seule la nature avait place dans leur oeuvre. N'empêche que les deux frérots se sont bien amusés à marquer leur temps. A contre temps, puisque Gustave fut réellement reconnu parmi les grands impressionnistes qu'après sa mort, et que c'est seulement plus tard que les clichés amateurs de Martial servirent de précieuses archives historiques. Difficile sûrement d'être le fils de Pierre Auguste Renoir, l'un des Maîtres de l'impressionnisme. Lui servir de modèle dès son plus jeune âge, puis plus tard comme adolescent. Jean Renoir, réalisateur du célèbre ''French Cancan'', est peint, nourrisson, puis enfant aux cheveux longs. Marqué par son père? Sûrement. Il épouse d'ailleurs l'un des modèles de son père, qu'il trouve ''d'une beauté insolite''. Il travaille entouré de femmes comme son papa, il aime enfin les thèmes chers à son père, l'eau, l'enfant, la balançoire, les spectacles. Pour tous, Renoir, le peintre, c'est l'incarnation de la rondeur, des formes, de la lumière filtrée, des scènes douces, le ''peintre du Bonheur''comme il fut surnommé. Tout ce que l'on retrouve dans le cinéma de Jean, le fils, à ses débuts. Presque du romantisme impressionniste. En 1936, il adapte ''Partie de campagne'' une nouvelle de Maupassant. Sans aucun doute, le film qui le rapproche le plus de son père par bien des égards. Des scènes de canotage, chères à Pierre-Auguste, la nature en toute fraîcheur, le vent dans les herbes, la scène de la balançoire, le lieu du tournage, les bords du Loing que son père affectionne, bref autant de focus qui rappellent qu'il est le digne fils de son père. Mais peut-on vraiment vivre une enfance entourée d'artistes, avoir comme parrain le fils d'un des plus grands marchands d'art de l'époque, Georges Durand-Ruel, avoir comme meilleur copain le fils de Paul Cézanne, et finir boulanger (avec tout le respect que j'ai pour ce fantastique métier )? Le père et le fils avaient ce don de transformer leur minutieux travail de préparation en un acte d'improvisation naturelle. ''Le talent est un accident des gênes et une responsabilité.''disait Alan Rickman. Voici bien résumé la génétique artistique des Renoir.
Renoir père et fils peinture et cinéma
Musée d'Orsay
1 Rue de la Légion d'Honneur
75007 Paris
Du 6 novembre 2018 au 27 janvier 2019
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
Le jeudi de 9h30 à 21h45





























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