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Billet d'un Hockney insubmersible

  • Photo du rédacteur: Corinne Tong-Chaï
    Corinne Tong-Chaï
  • 24 juin 2017
  • 3 min de lecture

Si le nom de David Hockney n'évoque pour vous que piscine et Californie, l'exposition retrospective de l'artiste au centre Pompidou risque de vous surprendre. A l'entrée déjà, mon attention est subjuguée par cet autoportrait de collage en couleurs sur papier journal. L'anglais n'a que 17 ans. Ce doux-dingue unilingue est un touche à tout qui va exalter la vie, exulter de création, exister comme un Artiste unique et exciter le monde. ''Picasso pouvait utiliser tous les styles. La leçon que j'en tire, c'est qu'on doit utiliser tous les styles''. Il a donc suivi son maitre dans son essence la plus profonde. Il y a du Bonnard, du Degas, dans l'intimité des toiles de Hockney. Des soupçons de Hopper, qui me touche, dans la solitude de ses doubles portraits. Il a tour à tour les couleurs d'un Matisse, la géométrie d'un Mondrian, les touches de néo-impressionnisme d'un Seurat . On sent l'admiration pour Picasso dans ses réflexions artistiques, pour Warhol dans ses recherches excentriques, et pour Monet avec des inspirations nymphiques. Hockney est loin de n'être que le peintre des piscines à l'eau transparente. Il a un coup de crayon subtil et juste, en témoigne cette série de portraits à l'encre ou à la mine de plomb. Son portrait de Warhol est délicat, juste et charismatique comme son modèle. Evidemment, obligatoirement, immanquablement, les piscines s'offrent une place. Alors que la canicule sévit à Paris ce jour là, je me laisse emporter à Los Angeles dans ses villas modernes. Mais pas que. Car Hockney essaie diverses techniques comme celle du papier teinté dans la masse...et voici une série de ''Paper Pools'' des plus rafraîchissantes. Des reflets, des plongeoirs, des transparences, l'espace est bleu comme les bassins. C'est limpide, fluide, estival, solaire. Et Hockney est un joueur qui s'amuse de certains codes. Notamment de la perspective. Le perspective inversée c'est sa patte. Si ça c'est pas un pied de nez à tout ce que l'histoire de l'art nous apprend. Pavel Florenski, un mathématicien russe, dont j'ignorais jusqu'à l'existence avant de me pencher sur cette perspective inversée, est un acteur essentiel si l'on veut comprendre Hockney. Fini le point de fuite unique. Place aux points de vue multiples. Le regard élargit son champs de vision et celui qui regarde devient le centre du tableau. Compliqué? Pas si vous regardez un tableau de Hockney où d'un seul coup ça saute aux yeux. Chaque pas est un émerveillement. La photographie est aussi un support qu'il a apprivoisé. Pour lui servir de modèle mais aussi pour tester, assembler et s'amuser de la réalité que nos yeux enregistrent. Ses Polaroïd collés sont d'une modernité éclatante, avec là encore des points de fuite multiples où l'on se perd tout en sachant parfaitement où l'on est. Fascinant. Déboussolant. Captivant. Dernières salles. Avec sa vision des quatre saisons. Chaque artiste en a une. La sienne est en vidéo. Entre quatre murs d'images qui entrainent en extérieur. Avec ses 80 ans, Hockney ne se contente pas d'approfondir ce qu'il sait déjà. Trop facile pour le facétieux personnage. Il expérimente encore les nouvelles techniques comme l'I Pad. Sur un mur, trois écrans côte à côte. Sous nos yeux, se mue un tableau. Un simple contenant passe du stade de trait, à celui de bouteille, puis à celui de plastique pour devenir une bouteille d'Evian transparente. Comme si la bouteille dans mon sac prenait vie sous mes yeux. Le dernier tableau de l'expo date de 2007. Monumental. Gigantesque travail de 50 toiles à l'huile, d'une hauteur de 4 mètres 50 sur un peu plus de 12 mètres de long. Impressionnant. Et des années de travail pour voir la nature sous toutes ses lumières. Patient l'artiste. Déterminé. David Hockney, d'après ses dires, devient sourd. Toujours d'après lui, Picasso ne comprenait rien à la musique car il n'avait pas d'oreille. Les aveugles appréhendent l'espace grâce au son. Pourquoi pas l'inverse? A méditer. Alors sourd, muet, aveugle, amateur, connaisseur ou novice, partez plonger, flotter, nager, voire même vous noyer dans l'univers d'Hockney. Avec les chaleurs de l'été, un petit coup de frais ça ne fait de mal à personne.

''David HOCKNEY''

Centre Georges Pompidou

De 11h à 21h, fermé le mardi, nocturne le jeudi jusqu'à 23h

Du 21 juin au 23 octobre 2017

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