Billet à fondre au Salon du Dessin
- Corinne Tong-Chaï
- 22 mars 2018
- 3 min de lecture

Papier, crayon, sanguine, aquarelle, encre de Chine ou de couleurs font salon au Palais Brongniart. Que de petites merveilles exclusivement sur papier dans un antre feutré, le palais de la Bourse. Ici pas la foule des grandes expositions, pas d'exposants par milliers, mais de splendides oeuvres des plus grands noms de la peinture. Sur papier uniquement et ça change tout. Et tout est à vendre. À tous les prix. Souvent cher. Souvent TRÉS cher. Parfois déjà vendu dès le premier jour d'ouverture. Au premier coup d'oeil, que des grands noms du dessin et des galeries de renom. Des dessins classiques mais techniquement renversants. Me voici sur le stand de la Galerie Aktis, spécialiste d'art moderne et notamment d'artistes chinois ayant travaillé à Paris dans la seconde partie du XXème siècle. Mon oeil repère tout de suite des encres sur le mur de gauche. Un immense papier encré de tâches fantastiquement jetées. Et la galériste de m'expliquer que cette oeuvre n'attire pas le marché chinois. En Occident, elle trouve davantage écho. Tout près, une aquarelle douce et puissante à la fois. Et au centre de ses deux cadres, un microscopique bout de papier dans un écrin noir. Comme une boite protégeant quelques centimètres d'aquarelle rehaussés de gouache et de touches d'encre de Chine. Et une signature d'une élégance reconnaissable entre toutes, celle du Maitre Zao Wou Ki. Submergée de plaisir devant ce papier rare de 1954. Là, face à ce chef d'œuvre, j'ose demander le prix. 80 000€. Le chiffre claque dans ma tête mais vu la rareté et la qualité de l'œuvre, le prix n'a rien de démesuré. Encore toute chamboulée, je poursuis ma découverte des 39 galeries présentes. Je repère des Estève éclatants, des Hartung à l'encre de Chine, des Bonnard à la plume sépia, des Picasso, voire même un Victor Hugo, plume et lavis d'encre brune, saupoudrée de fusain et rehaussée de gouache blanche, ou quand l'écrivain se sentait une âme de peintre. Réussi. L'air de rien, je déambule quand un panneau entier de perles artistiques d'une galerie parisienne, la Galerie Antoine Laurentin, me titille les sens. Deux petits cadres, deux oeuvres signées de l'artiste portugaise Maria Elena Vieira Da Silva. Deux compositions majestueuses qui accrochent mon regard comme l'œuvre qui les accompagne d'un artiste japonais que je ne connais pas, Key Sato. Lavis d'encre, encre noire, gouache et pastel. Happée par la lumière diffuse qui se dégage du papier de 30 cm sur 24. Une merveille. Et au milieu, une huile sur un carton de 13,5 cm sur 22. Si petite et pourtant si gigantesque de subtilité, de dextérité et de talent. Nicolas de Staël a capté Honfleur. Au point que je suis partie en Normandie l'espace de quelques secondes. Tout y est. L'atmosphère, la mer, les nuages, le ciel. Tout, en si peu de touches. Magistral. A ce moment, je pense avoir vu les plus joyaux du salon. Il en reste encore. La Galerie des Modernes porte bien son nom. Un dessin aux crayons de couleur et mine de plomb s'impose avec sa signature si particulière et ce trait qui n'appartient qu'à lui. David Hockney croque en 1974 Pierre Restany, célèbre critique d'art avec un cigare à la bouche lui qui sera le directeur de Art et Tabac en 1992. Et le modernisme de Zao Wou Ki frappe encore avec une nouvelle aquarelle et encre. Datée de 1986. Mais ce qui attire mon regard c'est la dédicace. "Pour Janine et Pierre avec toute notre amitié". Signé Françoise Et Zao Wou-Ki. Daté le 6 juin 1992. Forcément une date qui résonne pour moi. Alors je me lance et demande de nouveau le prix de cette œuvre. 85 000€. Pour 28,5 cm sur 37,5. L'art n'a pas de prix pour un regard.
27ème édition du Salon du Dessin
Du mercredi 21 mars au lundi 26 mars inclus de 12h00 – 20h00 Nocturne le jeudi 22 mars jusqu’à 22h00
Palais Brongniart Place de la Bourse 75002 Paris
Métro: Bourse (ligne 3), Grands Boulevards (ligne 8 et 9)

Nicolas de Stael 1952

Zao Wou-Ki 1986

Maria Elena Vieira Da Silva 1975

Victor Hugo vers 1850

Key Sato 1959

Maurice Estève 1968

David Hockney 1974

Pierre Bonnard

Hans Hartung 1956





























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