Billet d'un Mucha qui s'affiche
- Corinne TONG-CHAI
- 30 oct. 2018
- 3 min de lecture

Vu la file d'attente devant les grilles du musée du Luxembourg, l'exposition suscite l'adhésion du grand public. Je m'avoue surprise par cet engouement populaire mais enthousiaste à l'idée que ce symbole de l'Art Nouveau soit reconnu par la majorité.
Ses affiches sont aussi connues que celles de Toulouse Lautrec, mais son nom peut-être un peu moins. C'est un touche à tout élégant, à la fois affichiste de génie, illustrateur de talent, graphiste hors pair, peintre moins percutant, architecte d'intérieur à ses heures et décorateur de la Belle époque. Quel curriculum vitae cet Alphons ! Quel boulimique de travail cet Alphons ! Alphons c'est Alphons Mucha.
Ce tchèque a fait des merveilles à la fin du XIXème siècle. Vous avez forcément croisé du regard une de ses productions. Soit un emballage à savon, soit une boite de bonbons, soit une affiche de théâtre avec la divine Sarah Bernhard. Parce que c'est à elle qu'il doit son succès.
Le talent, le style, il les possède avant de réaliser la fameuse affiche de ''Gismonda'', pièce de théâtre dans laquelle joue Sarah Bernhard. Il collabore alors à un magazine de théâtre avant ce 24 décembre 1995, qui marque un tournant dans sa carrière. L'anecdote est connue mais savoureuse : la divine Sarah très déçue de l'affiche présentée pour la pièce, arrive chez son imprimeur Champenois. Seul Mucha est disponible pour en dessiner une nouvelle. Pari réussi et quelques jours plus tard, tout Paris se pare de l'affiche ''Gismonda'' pièce jouée au théâtre de la Renaissance. Sarah Bernhard est sous le charme artistique du tchèque, elle le veut près d'elle, elle l'impose pour les costumes, les décors et les affiches. Son format japonisant, long et étroit, sa composition pleine d'ornements, les courbes généreuses du dessin, ses couleurs pastels, Mucha devient non seulement l'affichiste de la plus grande star de l'époque, mais acquiert une notoriété tous azimuts.
Le voilà parti pour l'aventure de la publicité en plein essor à cette époque. L'avantage de cet art décoratif, c'est qu'il s'adresse au plus grand nombre. Il décline son style sur les cartons d'emballage savon, les boites à bonbons mais aussi pour des produits beaucoup plus luxueux.
Champenois avec lequel il a signé un contrat d'exclusivité, lui apporte de très beaux projets. Notamment pour le champagne Moet & Chandon. Nul besoin de texte, ces égéries tout en longueur, aux effluves byzantines, charment les plus réticents à l'alcool. Plus besoin de slogan. L'image se suffit à elle même.
Ce n'est pas la seule marque de champagne à avoir misé sur le talent de Mucha. La marque Ruinart, mon champagne de référence, mon breuvage des grandes occasions, mon plaisir gustatif insoupçonné mais avoué, a elle aussi eu son affiche. De la coupe de champagne s'élèvent de fines étoiles pétillantes non sans rappeler l'euphorie procurée par ces petites bulles fines de Reims. Non pas que l'affiche soit d'une élégance rare, bien moins vaporeuse que celle de Moet & Chandon, mais elle définit parfaitement la sensation sur le palais quand les petites bulles frôlent vos papilles. Un bon dessin vaut tous les discours superficiels.
Dans l'inconscient collectif, Mucha c'est l'inventeur d'images populaires. Bien loin de ces oeuvres plus tardives et plus mystiques, guidées par sa pensée franc-maçonnique. Il n'en reste pas moins patriotique, toujours enclin à aider son peuple pour l'emmener vers l'unité spirituelle.
Cette exposition est un bel avant goût du travail de Mucha, mais le lieu bien trop étroit pour ces grands formats que l’on rêve d’admirer avec un peu de recul pour avancer dans la carrière de l’artiste.
Alphonse Mucha
12 septembre au 27 janvier 2019
Musée du Luxembourg
19 rue de vaugirard 75006 Paris
Tous les jours de 10h30 à 19h nocturne jusqu’à 22h tous les vendredis




Etude pour affiche du 6ème festival de Sokol.





























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