Billet d'un Pablo en gare d'Orsay
- Corinne Tong-Chaï
- 18 nov. 2018
- 2 min de lecture

La peinture de Pablo Picasso ne me procure que peu d’émotion. Mais le génie de cet artiste me laisse sans voix. Muette d’admiration. L’exposition « Bleu et Rose » au musée d’Orsay a confirmé cette sensation. Dès la deuxième salle je reste bouche bée devant trois autoportraits, tous datés de 1901. Le premier, "Yo Picasso", représente l’artiste en juin 1901, l’espagnol n’a alors que 19 ans. Mais déjà avec ce coup de pinceau épais, cette image de romantique foulard noué en cravate, on sent une assurance voire une arrogance du jeune Pablo. Une force, une confiance en son talent presque impétueuse. À gauche, un deuxième tableau intitulé sobrement "autoportrait" le représente, toujours à l’aube de ses 20 ans, en homme volontairement vieilli. Vient alors le 3ème. Jeté sur papier, à l’huile, Picasso se modèle en jeune homme en haut de forme, avec un coup de pinceau d’une modernité unique. Il n’a pourtant pas changé physiquement en six mois, mais il se dessine avec un autre style, pictural et vestimentaire. Se dégagent une dextérité et un contrôle de la matière absolument génial.
Comme toutes les expositions consacrées à Pablo Picasso, il y a foule devant chaque tableau. Je délaisse alors ces œuvres de la période rose, comme celles de la période bleue, pour me concentrer sur les dessins préparatoires de ces chefs d’œuvre. Les études comme on dit. C’est là que réside pour moi tout le génie de cet artiste. Un coup de crayon fulgurant. Qu’il avait déjà sur ses sanguines dès l’âge de 14ans.
Picasso sait manier tous les médiums. Crayon, fusain, pastels, gouache, aquarelle....tout y passe avec ce même génie. Je découvre ainsi plusieurs dessins, "la lecture de la lettre", fusain et peinture à l’essence sur papier, un projet pour le menu d’un restaurant "Els Quatre Gats", à la plume et à l’encre, ou encore "le coupeur de tête" , une encre de Chine, lavis, et gouache sur papier qui me scotchent littéralement. Il s’est même essayé à une maquette d’affiche de théâtre. Picasso est un Maître. Qu’on soit touché ou non par certaines de ses toiles cubistes, il faut absolument aller contempler des Picasso. L’essence du génie est là. Impalpable mais implacable.
Cette exposition « Picasso, Bleu et rose » est immanquable à ce titre. Incontournable. N’ayez pas peur du monde. N’ayez pas d’à priori sur le cubisme. Soyez curieux, soyez à l’écoute de vos sens. L’œuvre de Picasso est multiple. Il y aura toujours un bout de son fantastique parcours qui vous attirera. Une aquarelle explosive. Un pastel improbable. Un petit bout de carton. Un dessin dans un coin. Un rouge ou un ocre. Un bleu ou un rose. Votre palette de sensation ne sera que plus riche.
''Picasso Bleu et rose''
Musée d'Orsay 1 Rue de la Légion d'Honneur
75007 Paris
Du 18 septembre 2018 au 6 janvier 2019
Ouverture de 9h30 à 18h (le mardi, le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche) Ouverture de 9h30 à 21h45 le jeudi
Fermé le lundi

Autoportrait en haut de forme 1901

La lecture de la Lettre 1899-1900

Projet de menu pour 'Elo Quatre Gats" 1899-1900

Le coupeur de têtes 1901

Etude pour ''L'étreinte" 1903

Etude pour ''Deux femmes nues'' 1906

L'étreinte 1903

Théâtre Molière Sainte Roulette 1904

Personnage sur une échelle 1906-1907





























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